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Tips pour des formations plus inclusives

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Nov

18

Tips pour des formations plus inclusives

Chez Interface3.Namur, notre mission est de promouvoir plus de mixité dans la création et l’utilisation des outils numériques. Vous avez sans doute déjà entendu parler de près ou de loin de la fracture numérique. Comme le dit Vie Féminine, les femmes sont encore plus touchées que les hommes par cette problématique. Pour atteindre notre mission, nous organisons des formations et des animations pour aider les femmes et les hommes à comprendre et utiliser les outils numériques.

Durant ces formations, nous apportons une attention particulière à l’inclusion de toutes et tous pour garantir l’implication et la motivation des apprenant.e.s. En effet, si je prends mon expérience pour exemple, en première année d’étude (90% d’étudiants et 10% d’étudiantes), mon professeur d’économie a commencé son cours en demandant à l’auditoire : « Quelle est le meilleur moyen de perde de l’argent ? ». La réponse qu’il attendait était « d’avoir une femme ». Je peux vous dire que ma motivation et mon implication dans son cours ont été proches du néant. Afin d’éviter ce même phénomène chez nos apprenant.e.s, nous avons mis en place une série de bonnes pratiques. Dans cet article, nous avons décidé de partager nos idées afin de motiver ainsi que d’attirer l’attention d’autres formateur.trice.s et enseignant.e.s sur des points qui sont pour nous importants.

  • Multiplier les types d’interactions

La prise de paroles des apprenant.e.s est un élément qui a déjà été étudié chez les enseignant.e.s. Dans un article d’Isabelle Collet, on lit qu’ « une étude menée dans dix classes de secondaire à Genève entre 2011 et 2013 dans différentes disciplines met clairement en évidence que la probabilité d’intervenir en classe est plus forte pour un garçon que pour une fille ». L’école ne fait que refléter les inégalités présentes dans la société donc tout laisse à penser qu’il est de même dans une formation d’adultes entre hommes et femmes. Comme le dit Isabelle Collet dans ses vidéos, il faut éviter de renforcer le stéréotype. Si on souhaite faire participer d’avantage les filles, il faut les interpeller en tant qu’individu et pas en tant que groupe féminin qui n’a pas encore pris la parole. Chez interface3.Namur, on est attentifs à donner à chaque personne l’espace et le temps nécessaire pour s’exprimer. Quant à notre public, la prise de parole n’est pas toujours évidente. Nous multiplions donc les moyens d’interactions. Lors d’activités, les stagiaires peuvent écrire leurs questions/réponses/commentaires sur un Mural. Des séances de travail en sous-groupes sont prévues où les formateur.trice.s passent pour s’assurer de l’implication de tou.te.s. Enfin, des sondages/questionnaires sont faits grâce à des applications spécifiques (kahoot.it, wooclap,..). Enfin, lors de questions, les formateur.trice.s n’hésitent pas à faire des tours de tables pour s’assurer que tout le monde ait pu s’exprimer.

  • Ne pas se baser sur ses préjugés

Nous avons tous des préjugés. Comme le dit Aude Seurrat dans son article « Déconstruire les stéréotypes pour « lutter contre les discriminations » », ils sont « un élément nécessaire dans toute élaboration de l’identité sociale et comme un support fondamental de l’économie cognitive, et, de l’autre, il peut être vu comme un schéma de pensées simplificateur qu’il faut dépasser ». Il est donc important pour nous de limiter nos schémas de pensées simplificateurs. Il faut d’abord en prendre conscience. Chez Interface3.Namur, nous organisons des animations en interne pour faire prendre conscience à nos formateurs des préjugés de genre et de la façon dont ils peuvent influencer leurs pratiques.

Les bonnes pratiques que les formateur.trice.s ont mis en place, sont par exemple de prendre le temps de voir quel est l’endroit où la personne est arrivée lorsqu’il faut lui venir en aide, pour pouvoir repartir de ce qu’elle a déjà fait et ainsi donner une légitimité à son travail. Les formateur.trice.s ne font pas de suppositions sur le niveau de leurs stagiaires. De plus, si le.a formateur.trice doit illustrer des propos et prendre des exemples, il.elle va prendre le temps de demander à la personne quels sont ses centres d’intérêt pour lui donner des exemples parlants. Il n’est pas question de prendre un exemple lié à la cuisine (par exemple) parce que c’est une femme, ou encore des exemples liés à la « computer culture » sur principe que nous sommes dans une formation en informatique. Ce n’est pas parce qu’on aime l’informatique qu’on est obligé d’être fan de jeux vidéo, qu’on joue le week-end avec une raspberryPi… En effet, cette « computer culture » dans laquelle certain.e.s sont plongé.e.s durant l’adolescence est souvent méconnue des adolescentes et donc des femmes qu’elles sont devenues.  L’utilisation de ces références peut donner un sentiment d’imposteur aux femmes.

  • Garder une posture de formateur

Dans le livre « introduction sur les études de genre » repris dans l’article de Nathlie Athon, on peut lire que « lorsqu’on s’intéresse aux contenus des interventions des enseignants en direction des filles et des garçons, et notamment l’observation de leurs copies, on remarque que les enseignants adressent davantage aux garçons de commentaires sur le fond et sur la qualité intellectuelle de leur travail, alors que les commentaires aux filles concernent plus la forme et la présentation. (…) Pour un même niveau en mathématiques, ils orientent davantage les garçons dans des filières scientifiques. (…) Dans l’ensemble, si les filles réussissent davantage, elles sont orientées moins favorablement que les garçons ». Chez Interface3.Namur, nous portons la même attention envers les hommes et les femmes. Bien que l’informatique soit souvent catégorisé comme étant une matière d’hommes, au même titre que les mathématiques, nous allons aider nos stagiaire de la même manière pour les aider à atteindre leurs objectifs quel que soit leur sexe. Les formateur.trice.s vont toujours laisser la possibilité à la personne d’essayer par elle-même. Si celle-ci est trop en difficulté, elle sera accompagnée pour arriver à résoudre l’exercice. Le choix de faire à la place du stagiaire sera fait uniquement après une réflexion sur le niveau du stagiaire et non sur son genre.

  • Faire attention aux expressions utilisées à l’orale et à l’écrit

Plusieurs de nos formateurs.trice.s ont dit qu’au début, ils avaient l’habitude d’utiliser l’expression « les gars » quand ils s’adressaient à leurs groupes. Ceci est un exemple d’expression genrée parmi tant d’autres. C’est une pratique qu’ils ont abonné. Ils.elles sont attentif.ve.s à utiliser des expressions inclusives. Ils utilisent maintenant l’expression « tout le monde ». D’autres commencent leur cours en disant « Bonjour à tous et à toutes ». Ce sont des petites attentions qui ont pour nous toute leur importance.

Dans la rédaction de leurs supports de cours, nos formateurs utilisent l’écriture inclusive. Cependant, ils reconnaissent ne pas l’utiliser tout le temps et veillent à la clarté de leurs supports de cours. Le parlement européen a écrit un document pour l’utilisation d’une langue non genrée, il propose certaines recommandations comme l’emploi d’expressions génériques ou de termes collectifs (par exemple à la place de dire les clients dire la clientèle), l’emploi du pluriel… Cette liste de recommandations permet d’écrire de manière inclusive sans alourdir le texte. Nous vous invitons à aller lire cet article. 😊

  • Attention à l’humour

Pour citer l’analyse des femmes prévoyantes, « L’HUMOUR SUR LES FEMMES, SEXISTE? » :

« L’humour sexiste est rarement dépeint comme négatif puisqu’il ne constituerait qu’« une blague » de la part des propagateurs∙trices. Ce point de vue les déresponsabilise en outre du message caché ou du dénigrement inclus dans la blague proférée. Les effets néfastes de ce type d’humour ont pourtant été clairement prouvés. Il parvient néanmoins à se faufiler dans les conversations grâce à son caractère « pas vraiment sérieux ». Il constitue en fait une stratégie d’évitement, il permet de dire des choses habituellement sanctionnées socialement mais relativement acceptées car dites sur le ton de l’humour. Il plait particulièrement aux personnes ne se sentant plus légitimes pour adopter des attitudes ouvertement sexistes dans un contexte d’émergence de normes égalitaires. Ces personnes se sentent protégées d’éventuelles représailles sociales de par la « règle de légèreté » caractérisant l’humour, qui permet de faire passer un message dévalorisant ou de conforter un climat de discrimination sociale »

Il est donc important pour la personne en charge de la formation de ne pas laisser place à ce type d’humour. Lorsqu’une blague sexiste sort, le formateur doit préciser que ces remarques n’ont pas leur place dans la formation et qu’elles sont nuisibles pour les personnes à qui elles s’adressent.

  • Choix des supports de cours

Chez Interface3.Namur, nous avons une charte graphique aux couleurs non-genrées. Nous veillons à avoir des supports de cours neutres, les images choisies veilleront à représenter un ensemble de personnes mixte.

Cet article vous a présenté quelques bonnes pratiques que mettons en place lors de nos formations. Nous sommes convaincu.e.s que même à notre échelle, cela peut avoir un impact positif sur le ressentit et l’inclusion de nos apprenant.e.s. Elles peuvent permettre d’augmenter la mixité dans le monde numérique et pour nous, c’est déjà un grand pas. 😊

 

 

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